
Mithra
Le Dossier !
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Mithra : quand les images ont survécu aux paroles
Dans de nombreuses régions de l’ancien Empire romain, les archéologues ont retrouvé d’étranges sanctuaires souterrains ou semi-enterrés, ce sont les mithraea, lieux de réunion des adeptes du culte de Mithra.
Entre la fin du Ier siècle et le IVe siècle, ce culte initiatique se diffuse dans une grande partie de l’Empire romain. Il est particulièrement bien attesté dans certains milieux militaires et administratifs et rassemble des communautés masculines organisées autour de différents degrés d’initiation, mais contrairement à ce que pourrait laisser penser le nom de Mithra, le culte pratiqué dans l’Empire romain ne peut pas être simplement identifié aux anciennes traditions iraniennes consacrées à Mithra. Le mithriacisme romain possède ses propres rites, ses sanctuaires et surtout une iconographie très particulière.
Une scène domine presque tous les mithraea : Mithra mettant à mort un taureau.
Cette représentation, appelée tauroctonie, est entourée de personnages, d’animaux et de symboles célestes dont la disposition semble obéir à un véritable langage iconographique. Nous possédons donc quelque chose d’exceptionnel : les images d’une religion dont nous avons perdu une grande partie des explications, car les mithraïstes ne nous ont laissé aucun texte sacré exposant leur doctrine ou décrivant précisément leurs rites.
L’archéologie nous montre leurs sanctuaires. Les inscriptions nous donnent des noms. Les reliefs nous montrent Mithra, le taureau, le Soleil et différents symboles, mais la question essentielle demeure : Que signifiaient réellement ces images pour ceux qui les contemplaient il y a près de deux mille ans ?
LE POINT CLAVIUS — PEUT-ON COMPRENDRE UNE RELIGION DONT NOUS AVONS LES IMAGES MAIS PLUS LES PAROLES ?
Une image peut traverser les siècles beaucoup plus facilement qu’une explication. Dans les mithraea, la répétition de certaines représentations montre qu’elles occupaient une place fondamentale dans le culte, pourtant, reconnaître les personnages représentés ne signifie pas nécessairement comprendre le sens que les initiés donnaient à la scène.
La tauroctonie en constitue le meilleur exemple. Mithra tue le taureau tandis que différents animaux et symboles apparaissent autour de lui. Plusieurs interprétations ont été proposées pour expliquer cet ensemble : récit religieux, symbolisme cosmique, représentation astronomique ou combinaison de plusieurs niveaux de lecture, mais sans commentaire laissé par les mithraïstes eux-mêmes, il faut distinguer ce que montre l’image de ce que nous pensons qu’elle signifie.
C’est précisément ici que l’archéologie rencontre ses limites ; elle peut retrouver le sanctuaire, l’autel, l’inscription et l’image, elle ne retrouve pas nécessairement la parole qui leur donnait sens.
Lorsqu’une civilisation nous laisse ses symboles sans leur mode d’emploi, les interpréter devient une enquête.
Dossier CLAVIUS :
Mithra et le christianisme — ressemblances, influences ou coïncidences ?
À partir des premiers siècles de notre ère, deux religions se développent simultanément dans l’Empire romain : le christianisme et le culte de Mithra. Leurs histoires sont profondément différentes, pourtant, depuis longtemps, historiens, auteurs et polémistes ont relevé entre elles un certain nombre de ressemblances supposées.
Repas rituels, salut, symbolisme de la lumière, importance du dimanche, naissance associée au 25 décembre, sacrifice fondateur : la liste des rapprochements est devenue considérable.
Certaines comparaisons remontent d’ailleurs à l’Antiquité elle-même. Des auteurs chrétiens comme Tertullien connaissaient certaines pratiques mithriaques et les interprétaient naturellement à travers leur propre conception religieuse, mais constater une ressemblance ne suffit pas à démontrer une filiation.
Le Dossier CLAVIUS reprendra donc chacune de ces affirmations afin d’en rechercher la source, la date et le contexte.
Le 25 décembre était-il réellement la date de naissance de Mithra ? Le repas mithriaque peut-il être comparé à l’eucharistie chrétienne ? Les notions de salut étaient-elles comparables ? Existe-t-il des preuves d’emprunts directs entre les deux religions ? Et surtout : quelle tradition est attestée en premier pour chacun des éléments comparés ?
L’enquête examinera également la disparition progressive du mithriacisme au cours de la christianisation de l’Empire, en distinguant les décisions politiques, les transformations religieuses et les changements sociaux qui se déroulent sur plusieurs générations, il ne s’agira donc ni de démontrer que le christianisme aurait copié Mithra, ni d’écarter les rapprochements avant de les avoir examinés ; il s’agira de poser la seule question qui compte : Que permettent réellement d’établir les sources ?
Car entre ressemblance, influence et héritage, il existe parfois plusieurs siècles d’interprétations.
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